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Une définition de la décadence

Malgré toutes les discussions sur le manque de naissance et la décadence culturelle, il me semble que nous devons trouver un moyen de reconnaître la décadence si nous voulons avoir une discussion sérieuse sur le fait de savoir si nous sommes ou non dans une période de décadence. C'est-à-dire qu'il nous faut un idéal pour mesurer notre déclin et le reconnaître quand il se produit (comme ce sera le cas un jour, dans le cadre de l'ordre naturel des choses). Je me demande s’il est possible d’établir une norme raisonnablement apolitique, une norme qui dépasse les particularités de nos guerres culturelles et autres au cours des dernières décennies et qui a une vision à long terme. Une norme sur laquelle la plupart d'entre nous pourraient être d'accord.

Probablement pas.

Mais voici une possibilité, tirée du livre magistral du polymathe de Jacques Barzun, récemment décédé, et intitulé «De l'aube à la décadence: de 1500 à nos jours: 500 ans de vie culturelle occidentale». Barzun commence par dire que les peuples occidentaux au cours des 500 dernières années

… A offert au monde un ensemble d’idées et d’institutions que l’on ne trouvait pas auparavant ni ailleurs. Comme nous l’avons déjà remarqué, c’est une unité alliée à une diversité énorme. Empruntant largement à d’autres pays, vivant de la dissidence et de l’originalité, l’Occident est la civilisation métisse par excellence. Mais malgré le patchwork et les conflits, il a poursuivi des objectifs caractéristiques - telle est son unité - et ces objectifs, réalisés dans toute la mesure du possible, entraînent sa disparition. Cette impasse est illustrée par les impasses de notre époque: pour et contre le nationalisme, pour et contre l'individualisme, pour et contre les arts supérieurs, pour et contre la morale stricte et la conviction religieuse.

Barzun continue:

Mais pourquoi l'histoire de l'Occident devrait-elle se terminer? Bien entendu, cela n’entraîne pas littéralement un arrêt ou une ruine totale. Tout ce que l'on entend par décadence, c'est «tomber». Cela n'implique, chez ceux qui vivent dans une telle période, aucune perte d'énergie, de talent ou de sens moral. Au contraire, c’est une période très active, pleine d’inquiétudes profondes, mais particulièrement agitée, car elle ne voit aucune voie claire. La perte si les visages est celle de la possibilité. Les formes de l'art comme de la vie semblent épuisées, les étapes du développement sont bien passées. Les institutions fonctionnent péniblement. La répétition et la frustration sont le résultat intolérable. L'ennui et la fatigue sont de grandes forces historiques.

On demandera comment l'historien sait quand la décadence s'installe. Par les aveux ouverts du malaise, par la recherche dans toutes les directions d'une ou de plusieurs nouvelles croyances.

Et:

Quand les gens acceptent la futilité et l'absurde comme d'habitude, la culture est décadente. Le terme n'est pas une insulte; c'est un label technique.

Cette dernière ligne est importante. Barzun était un historien de la culture, pas un polémiste au fer de lance. Je n'ai jamais lu tout son gros livre, mais il me semble qu'il trouve l'Occident décadent parce qu'il a perdu le sens de sa raison d'être, qu'il se sent lui-même engagé dans un projet collectif significatif - et qu'il s'agissait de ce sentiment partagé de but qui a forgé l'unité culturelle de l'Occident au milieu de sa diversité.

Peut-on dire alors qu'une culture qui a perdu le sens d'une ou de plusieurs raisons pour se perpétuer est décadente? Si tel est le cas, il ne devrait pas être si controversé de considérer le déclin des taux d’accouchement comme le principal symptôme d’une culture en décomposition.

Si cette définition de la décadence vous semble erronée, donnez-nous une meilleure.

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